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Valère Germain, « gamin sans états d'âmes »
Stadito, le 16/05/2016 à 23h29

Ce week-end, Valère Germain a bouclé sa première saison niçoise sur une ultime victoire. 14 buts, 6 passes décisives, une place européenne pour Nice et un tandem ultra-complémentaire avec Hatem Ben Arfa ne sont que des exemples marquants des raisons qui rendent la saison de l'attaquant exceptionnelle. Après avoir (trop) longtemps gardé l'étiquette de "petit jeune" dans son club formateur, l'AS Monaco, il a su prendre ses responsabilités dans l'ingénieuse alchimie de Nice, plus jeune équipe du championnat. Stadito vous emmène dans les pas de Valère Germain, joueur regorgeant de plus de valeurs que de qualités techniques, et qui a fini par prendre de court ceux qui le trouvaient trop lent. Avec les souvenirs exclusifs de Frédéric Barilaro, le mentor qui l'a suivi à travers toute sa formation à Monaco.

SA FICHE

Nom : Germain
Prénom : Valère
Club : OGC Nice
Date de naissance : 17 avril 1990 (26 ans)
Lieu de naissance : Marseille
Nationalité : Française
Sélections : U20 (4 matchs), Espoirs (4 matchs)
Poste : Attaquant
Numéro : 28


SA JEUNESSE, AUX ALÉAS DES TRANSFERTS DU PÈRE

Bien avant Monaco ou Nice, c'est dans une autre ville du Sud que naît Germain : Marseille. Et dans la cité phocéenne, ce patronyme rime déjà avec football, depuis plusieurs années avant la naissance de Valère. En effet, le futur footballeur a pour illustre père Bruno Germain, pilier du milieu terrain de l'Olympique de Marseille qui fit le doublé coupe-championnat en 1989. Valère naît marseillais, mais déménage à Paris lorsque son père, inclus dans l'échange qui vit Jocelyn Angloma faire le chemin inverse, rejoint le PSG. Valère et Bruno restent amoureux de l'OM, au contraire de la petite sœur, née parisienne et qui supporte le club de la capitale.
Cette jolie petite famille, qui se déchire les soirs de "classique", retourne à Marseille, après un passage à Angers, quand Bruno vient au chevet de l'OM, envoyé en D2 par les scandales de corruption.
C'est donc en Cannebière que Valère fait ses débuts en club à seulement 4 ans, Bruno profitant de sa notoriété pour convaincre les éducateurs de l'intégrer dans des catégories habituellement réservées aux enfants de 6 ans. Il n'y joue pas longtemps, le temps d'une saison, puisqu'au moment de raccrocher les crampons après avoir remporté la D2, Bruno rapatrie la famille Germain à Orléans, ville de son enfance. C'est donc dans le chef-lieu du Loiret, après être né à Marseille, avoir vécu 2 ans à Paris et même un an à Angers, que grandit Valère. Il évolue même à l'USO, club formateur du paternel, pendant la plus grande partie de sa jeunesse, et intègre le centre de formation à 12 ans. Pendant ces quelques années, Valère reçoit une très bonne éducation à la maison comme sur les terrains de la Source, et s'affirme avec une personnalité équilibrée de garçon sage et plutôt discret, qui se retrouve sur le terrain. Mais si le tour de France de la famille Germain s'est achevé en même temps que la carrière de Bruno, Valère n'a pas encore commencé le sien. À 14 ans, il quitte le centre de formation d'Orléans pour celui de La Berrichonne Châteauroux et, un an plus tard, il déménage une fois de plus pour poser ses valises sur le Rocher monégasque.

FORMATION À MONACO, SOUS LA TUTELLE DE BARILARO

Nous sommes en 2005. "L'épopée Rouge et Blanche" de 2004 en Ligue des Champions est encore bien ancrée dans les mémoires et l'ASM, guidée par Didier Deschamps, enchaîne les participations à la plus grande des compétitions européennes. Malheureusement, les performances ne suivent plus et la saison 2005-2006 marque la fin d'une époque. Pas de quoi affecter Germain, qui s'épanouit à la Turbie, centre d'entraînement et de formation monégasque, réservoir de talents intarissable pour la Ligue 1 : en 2005, un certain Stéphane Ruffier et un Serge Gakpé sont notamment promus en équipe première, où les attend déjà Sébastien Squillaci, ainsi que nombre d'autres joueurs également formés au club. Cette formation performante et bien organisée plaît à Valère Germain, qui côtoie plusieurs noms connus du football français, comme Nicolas Nkoulou, Yohan Mollo ou encore Yohann Thuram. « Quand on voit tous les noms qui sont sortis de l’AS Monaco, ça nous donne envie de travailler encore plus, exposait-il à Foot Mercato. On sait très bien que Monaco est un club regardé en Europe donc ça nous donne envie de travailler ».
Dans l'organigramme de la formation monégasque, Valère Germain attire le respect de ses entraîneurs à tout âge, grâce à son excellente éducation, mais va surtout s'attirer la sympathie d'un homme omniprésent dans la formation monégasque depuis des années : Frédéric Barilaro, alors entraîneur de la réserve mais qui a également occupé les rôles d'entraîneur U19, entraîneur adjoint en Ligue 2 et directeur du centre de formation. Stadito l'a contacté : « Vous allez vous régaler, il a tout fait avec Germain » nous avait-on dit à son sujet.
Barilaro se souvient du dilemme quand les éducateurs voient arriver Germain : « Valère, quand il est arrivé au club, on savait pas trop où il allait jouer, parce que c'était un bon joueur, il avait la possibilité de jouer à tous les postes. Ce gamin, on avait un peu de peine à le fixer parce que devant, on pensait qu'il allait manquer de vitesse pour jouer attaquant ». En U17, Germain est testé à différents postes, puisque pour les formateurs, il manque de vitesse en attaque et manque de volume au milieu de terrain. Le joueur ne manque pourtant pas de qualités : « Il avait déjà ses qualités de déplacements, il avait un super jeu de tête, l'agilité devant le but, le sens du but, analyse Barilaro. Mais à un moment donné, on pensait vraiment que sa vitesse allait être un facteur limitant pour le niveau professionnel ».
Mais le "gamin" évolue bien, notamment grâce à une mentalité "extraordinaire". Ne remettant jamais en cause les choix de son entraîneur, où qu'il le fasse jouer, ou qu'il ne le fasse pas jouer, il fait le bonheur de ses entraîneurs et du reste du groupe, n'ayant jamais le moindre problème durant sa formation. Très jeune, Frédéric Barilaro décide de le lancer en équipe réserve. Une première expérience spéciale, dans un match particulièrement dur. « La première fois que je l'ai fait jouer, c'était à Toulon. C'était un match difficile, ils jouaient la montée, et je l'avais fait jouer arrière droit, raconte-t-il, rigolant de l'anecdote. Ce match-là, je me rappelle, il avait été à l'agonie au bout de 20 minutes ».
Après une saison victorieuse dans le "Championnat des réserves", où il réalise de bonnes performances et joue la finale face à Lille, Valère Germain joue 29 matchs de CFA, évoluant à un peu tous les postes possibles, inscrivant 9 buts.
Ce n'est que la saison suivante, quand la réserve est descendue en CFA 2, que Frédéric est 'fixé' sur son joueur polyvalent. « Aux entraînements, il marquait but sur but. Cette année-là, il avait véritablement joué attaquant, il avait fait une grande saison, finissant meilleur buteur du championnat. C'est là qu'il s'est vraiment révélé ».
Valère Germain a 20 ans, il est titulaire depuis 3 ans avec l'équipe réserve, et a même signé un contrat en septembre 2009 qui présageait son intégration au groupe pro à l'été 2010. Nombreux sont ses coéquipiers qui ont franchi ce cap depuis de nombreuses années : Nicolas Nkoulou, Yohan Thuram, Yohan Mollo, Frédéric Bulot, ainsi que d'autres joueurs des générations antérieures dont les performances ne sont pourtant pas forcément plus satisfaisantes que celles de Valère. Sa réaction, pleine de maturité et d'amour pour le club, a marqué Barilaro : « C'est un gamin sans état d'âme. Il a juste continué à bosser, il voulait rester ici, il n'a jamais eu envie d'être prêté, ce qu'il voulait c'était réussir à Monaco. Lui et l'identité club... Il aimait le club... En formation, quand vous avez des gamins avec cette mentalité, c'est extraordinaire ».

2011, ÉPHÉMÈRE LIGUE 1

Le travail, et la "formation poursuivie" paient finalement. Les supporters monégasques voient enfin apparaître dans le groupe celui qui, au club depuis plus de 5 ans, est considéré depuis plusieurs saisons comme un espoir fait maison, qui a « mis plus de temps que les autres à éclore, a pris son temps mais à surtout continué à travailler, avec la mentalité qu'il fallait ». Germain apparaît même pour la première fois sur les terrains de Ligue 1 à Geoffrey Guichard lors de la 33e journée de Ligue 1 2010-2011. 18 minutes de participation à un match nul qui contribue à compliquer la tâche de Monégasque en grand danger de relégation. D'ailleurs, la deuxième apparition de Valère en Ligue 1 coïncide malheureusement avec le dernier match de la saison, fatal à Monaco qui, défait 2-0 par Lyon, descend en Ligue 2.
Un mal pour un bien pour Germain qui, même s'il devra attendre pour réapparaître en Ligue 1, se voit offrir l'occasion de prendre un rôle plus important dans le club qu'il aime.
Une chance qu'il ne manque pas de saisir puisque Laurent Banide lui offre sa première titularisation dès la première journée de Ligue 2, face à Boulogne. Paradoxalement, c'est en sortant pour la première fois du banc qu'il inscrit son premier but, lors d'une défaite contre Reims (1-2). L'AS Monaco et son groupe rajeuni, qui compte dans ses rangs Valentin Eysseric, Laywin Kurzawa, Nampalys Mendy, Dennis Appiah, Johann Carrasso ou encore Thomas Mangani, est largement dans le rang : une seule victoire jusqu'au début de l'année 2012 et une dernière place plus qu'inattendue. Valère Germain parle d'un match "déclic" contre le Havre : un match sur la pelouse du 4e où, grâce à un doublé du jeune attaquant, Monaco accroche le match nul (2-2). Cette performance est suivie par un autre nul face à Clermont, leader, puis par le retour de la victoire. Marco Simone a remplacé Laurent Banide et, sous ses ordres, les Monégasques remontent à la 8e place. Le technicien italien accorde également sa confiance à Valère, lui permettant de boucler sa première saison avec 34 matchs de championnat, pour 8 buts et une unanimité qui répond à merveille aux doutes qu'émettaient les formateurs de Monaco à son égard.

L'ÈRE RANIERI, CAPITAINE AVANT LES STARS

Mais l'AS Monaco qui finit dans le ventre mou de la Ligue 2 n'est plus tant dans les mémoires, car le club du Rocher vit après cette saison une ère de changement. L'expérimenté Claudio Ranieri succède à Marco Simone. Une arrivée "flatteuse" pour Valère Germain, qui aura en plus la fierté de figurer dans les petits papiers de l'entraîneur, en plus de ceux de la direction qui l'a prolongé. Rien d'incroyable entre un entraîneur féru de tactique et un joueur à l'intelligence de jeu naturelle. Cette saison, facile, permet à Germain de s'affirmer encore plus dans l'équipe, prenant même le brassard de capitaine en mars. À presque 23 ans, alors qu'il évoluait toujours avec la réserve 2 ans plus tôt, il fait la fierté de Barilaro, ému de voir ce brassard porté par « un gamin du centre de formation », implicitement encore plus par Germain, qu'il a tant couvé avec la réserve et qui reçoit ce brassard de capitaine « pour ce qu'il a toujours été dans le groupe ». Avec 14 buts et 9 passes décisives en 35 matchs, il voit venir sereinement l'ambitieuse saison de Ligue 1 qui se profile.
Seulement l'ambition de Monaco et de son propriétaire russe poussent au recrutement de stars telles que James Rodriguez, Joao Moutinho et Radamel Falcao. Des arrivées qui, pour Barilaro, ont probablement fait la fierté de Valère qui a comme toujours pris la nouvelle positivement et humblement, mais qui causent également son malheur. Victime de blessures récurrentes au genou en début de saison, il ne parvient pas à détrôner Radamel Falcao et Emmanuel Rivière, devant se contenter de 6 brèves entrées en jeu pour l'ensemble du premier tour. Il obtient enfin sa chance en janvier 2014, suite à la blessure de Falcao, débutant son premier match de Ligue 1 à Toulouse. À nouveau titulaire face à Marseille le week-end suivant, il inscrit son premier but dans l'élite. Tout un symbole pour ce Marseillais de naissance qui surfe sur la vague et réalise un excellent deuxième tour, débutant 14 matchs, signant 5 buts et 2 passes décisives et récupérant même son brassard de capitaine à deux reprises.

L'ÈRE JARDIM, EN ATTENTE D'UNE CHANCE QUI NE VIENT PAS

Cependant, l'été est porteur d'une mauvaise nouvelle : Claudio Ranieri, qui a pourtant qualifié Monaco en Ligue des Champions, n'est pas reconduit, et Leonardo Jardim débarque sur le Rocher pour prendre sa place. Le feeling ne passe pas avec l'entraîneur portugais, et Valère Germain se retrouve bien bas dans une hiérarchie où n'apparaissent pourtant plus Radamel Falcao et Emmanuel Rivière, partis en Angleterre. Titulaire à 9 reprises en début de saison, il doit ensuite se contenter d'apparitions en fin de match, comme en Ligue des Champions, où il joue face à Benfica et la Juventus.
Comme toujours, Valère Germain travaille, encore et encore, attendant une chance qui ne viendra pas jusqu'à la fin de la saison. Il se contente de 4 buts, et n'est plus tant le jeune capitaine exemplaire qu'un ancien espoir qui n'aura pas su se faire au niveau des stars.

OGC NICE, SYMBIOSE AVEC BEN ARFA POUR REVERDIR

Contraint à trouver du temps de jeu, conscient que le travail ne sera pas suffisant pour le replacer parmi les titulaires de Leonardo Jardim, Valère Germain s'en va, après presque 10 ans passés au club. Avec lui, c'est le dernier représentant d'une époque où la formation tenait le rôle des nombreux et coûteux transferts qui activent aujourd'hui le club du Rocher qui s'en va. En prêt, il rejoint le voisin niçois, dont le projet fait la part belle à la formation. Outre les jeunes pousses, il y retrouve un autre attaquant qui débarque sur la Côte d'Azur pour redonner du soleil à sa carrière. Avec lui, il va former une symbiose parfaite digne des plus belles plantes de la nature. Pas seulement tactique, cette entente permet aux deux attaquants de se redévelopper de manière optimale, chacun avec ses critères : l'un avec sa vivacité et son besoin d'attirer la lumière, l'autre avec son travail de l'ombre lent, précieux et surtout régulier. Tous deux s'offrent un nouveau printemps de jeunesse même si, au sein de l'effectif le plus jeune du championnat, ils font office d'anciens.
C'est ainsi qu'Hatem Ben Arfa et Valère Germain font reverdir à eux deux le Gym pour s'offrir une place au soleil. C'est ainsi que Valère Germain, qu'on avait quitté espoir déchu, devient l'un des attaquants les plus réguliers et les plus redoutables de Ligue 1. Un développement soudain qui ne surprend pas forcément Frédéric Barilaro : « Aujourd'hui, quand je le vois évoluer comme il évolue cette saison, je suis pas étonné de le voir à ce niveau, parce que je sais que c'est un gamin - enfin, même s'il n'est plus vraiment un gamin - qui a toujours eu la mentalité dans le travail. C'est quelqu'un qui travaille toujours, qui progresse toujours, et qui est très positif ». Avec 14 buts, 6 passes décisives et ayant pris part à chaque journée de Ligue 1, le "gamin" de Barilaro a incontestablement réussi sa saison la plus aboutie, d'autant que, parmi ses 14 buts, il a eu l'honneur de marquer contre Monaco et à chaque match contre Marseille, ses deux clubs de cœur, mais aussi contre Lyon et la semaine passée face à Saint-Étienne, offrant 4 points précieux dans le sprint final pour l'Europe.
L'Europa League assurée la saison prochaine pour les Aiglons, et un statut enfin acquis parmi les meilleurs attaquants du championnat, Valère Germain devra faire un choix cet été. S'il appartient toujours à Monaco, il serait surprenant que les dirigeants niçois ne formulent pas d'offre pour s'attacher définitivement ses services. D'un autre, selon l'éventualité d'un changement d'entraîneur à Monaco, il serait possible de le voir rentrer dans un club où les supporters, qui l'ont toujours aimé en retour, le demandent. Des offres d'autres clubs français ou étrangers sont probablement attendues à La Turbie.
Quoi qu'il en soit, Valère Germain fera probablement un choix du cœur, lui qui y garde une si grande place pour ses clubs et ceux qui le composent. Qu'il reste à Nice, qu'il retourne à Monaco ou qu'il aille offrir ses loyaux services à un autre club, il laissera partout où il est passé, non pas le souvenir d'un joueur lent, aux bons déplacements et à la finition précise, mais plutôt le souvenir d'un garçon bosseur, intelligent, sympathique, amoureux du maillot positif. Le souvenir d'un « mec extraordinaire ». Le souvenir d'un « gamin sans états d'âme ».

Merci à Frédéric Barilaro pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Propos recueillis et texte rédigé par Jonito
Stadito.fr







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Match Amical
jeu. 20/07/2017 à 18h


M'gladbach - Nice : 1-2





  Ligue des Champions
mer. 26/07/2017 à 20h45



Pts J V N D Diff
 12.    Montpellier 0 0 0 0 0 0
 13.    Nantes 0 0 0 0 0 0
 14.    Nice 0 0 0 0 0 0
 15.    PSG 0 0 0 0 0 0
 16.    Rennes 0 0 0 0 0 0



  [Amical] ven. 07/07 (19h) Geneve - Nice : 1 - 3
  [Amical] jeu. 13/07 (20h30) La Gantoise - Nice : 2 - 3
  [Amical] dim. 16/07 (19h) Prague - Nice : 4 - 1
  [Amical] jeu. 20/07 (18h) M'gladbach - Nice : 1 - 2
  [C1] mer. 26/07 (20h45) Nice - Amsterdam
  [C1] mer. 02/08 (20h45) Amsterdam - Nice
  [L1] 1re sam. 05/08 (20h) St-Etienne - Nice