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Interviews :

Puel : « Aujourd'hui, on tresse des lauriers aux jeunes, l'an dernier, il fallait les mettre dehors »
Eurosport, le 16/10/2015 à 22h17

Son idée du jeu, l'emballant début de saison de Nice, les incompréhensions nées la saison passée, son bilan à Lyon : Claude Puel nous a reçus à Nice pour rétablir ses vérités. Ne lui parlez plus de son image de coach défensif ou de bâtisseur : lui brise les stéréotypes. Le début de saison lui donne raison. Entretien.

Il nous a accueillis pour un entretien de 20 minutes. Mais Claude Puel avait beaucoup de choses à dire. Après un entraînement dédié aux combinaisons offensives, le coach de l'OGC Nice est revenu pour nous sur l'emballant début de saison des Aiglons. Il règle au passage son compte à certaines étiquettes qu'on lui a collées durant sa carrière.

"Coach défensif", "coach bâtisseur" : Puel prend ses distances avec sa caricature. Il ne cache pas qu'il en a bavé ces dernières années pour imposer son idée très précise et élever Nice. Ce début de saison lui donne raison. A lui et à son idée du jeu. Une idée qui lui est très chère. Difficile de l'arrêter lorsqu'il la défend. De 20 minutes, notre entretien s'est étalé sur 1h15…

- En 2013-14, Nice avait la plus mauvaise attaque de L1. Aujourd'hui, vous enchantez le championnat. Que s'est-il passé entre-temps ?

Vous venez nous voir aujourd'hui, mais c'est un long processus, un travail de fond réalisé depuis trois ans et demi. Ces derniers temps, on a pas mal de sollicitations médiatiques. Le match de Saint-Etienne était abouti, les gens nous ont découverts, ils nous apprécient. On est là pour leur donner du plaisir. Mais on doit rester détaché par rapport à ce qu'on suscite actuellement. Parce qu'il faut garder une certaine humilité.

- Craignez-vous le contrecoup d'un début de saison réussi ?

C'est un groupe très jeune, le plus jeune depuis trois ans de suite en L1. Il ne faut pas qu'il se disperse. Si de jeunes joueurs apparaissent, c'est parce qu'on travaille avec eux depuis des années comme Koziello et Boscagli.

« Je me fous des étiquettes »

- Tout de même, cet été, vous avez procédé à un vrai coup de balai avec les départs de Digard, Maupay, Eysseric, Bauthéac voire Bosetti. Le onze s'est largement modifié.

Il fallait rafraîchir l'effectif. Quand je suis arrivé en 2012, 15 joueurs sont partis, 9 sont arrivés que personne ne connaissait. On a recruté des joueurs de L2 (Bauthéac, Eysseric, Genevois) et des anciens qui jouaient le maintien depuis trois saisons. Cette année-là, on est partis en short. Les joueurs ont fait des progrès et on finit 4es. L'environnement s'est dit : 'tout va bien, on va terminer sur le podium'. C'était devenu du n'importe quoi. Voilà qui a suscité beaucoup d'attente impossible à contenter.

- Cette saison réussie vous a-t-elle finalement porté préjudice ?

Certains joueurs n'ont pas su confirmer. On s'est installés dans l'ambiance générale et on a terminé 17es. L'an dernier, on a continué à former des joueurs et on finit 11e, avec le 14e budget. A la fin de saison, Digard et d'autres arrivaient en fin de contrat. J'avais un désir de rafraîchir l'effectif. Certains joueurs plafonnaient, c'était bien pour eux de voir autre chose. On a beaucoup recruté. C'est un nouveau cycle qu'on a engendré, notre effectif arrivait à bout de souffle. Il fallait régénérer tout ça. Toujours avec la perspective de monter des jeunes du club et de s’en sortir par le jeu.

- Justement, n'est-ce pas très risqué d'être audacieux dans le jeu pour dans un championnat plus physique que technique ?

On veut essayer d'exister dans un système pas évident, le 4-4-2 en losange avec des petits gabarits, des joueurs qui sentent le jeu, mais qui n'ont pas la densité physique de la majorité des équipes de L1. C'est vrai que c'est une prise de risque. Ça a été moins bien compris la saison dernière. Pourtant, on finit 11es. Mais on ne s'attache qu'aux résultats bruts. Il faut penser à autre chose. Il faut éduquer nos supporters, mieux expliquer ce qu'on prépare.

« J'étais défenseur plutôt qu'artiste, c'est pour cela qu'on m'a collé cette réputation »

- Nice a la meilleure attaque de L1, avez-vous l'impression de goûter à votre revanche alors que vous avez l'étiquette de coach défensif ?

Je me fous des étiquettes. Je vous incite à revoir le jeu de Lille ou Monaco et vous serez surpris. On donne une étiquette parce qu'on ne connaît pas. J'étais milieu défensif, plutôt défenseur qu'artiste, c'est pour cela qu'on m'a collé cette réputation.

- Ce n'est pas que ça. Votre style de jeu a longtemps été basé sur la discipline défensive.

Partout où je suis passé, il y avait une discipline dans mes équipes, je le revendique. Mais quand je pouvais choisir mes joueurs, je choisissais des profils techniques. A Monaco, on termine champion avec l'équipe la plus jeune du championnat et la meilleure attaque. A Lille avec des gamins, des joueurs que personne ne connaissait, on termine 3es du championnat avec la deuxième attaque derrière Lyon. On développe des joueurs comme Abidal, Bodmer, Cabaye, Odemwingie, Makoun, Debuchy. Que des joueurs avec une sensibilité technique.

« Lyon, ce n'est pas un échec »

- A Lyon, en revanche, ça a été plus compliqué…

A Lyon, ça a été compliqué pour l'extérieur : on termine trois fois sur le podium, l'OL fait une demi-finale de Ligue des champions. On élimine le Real sur deux matches en C1. Sur les trois saisons suivantes, Lyon n'atteint le podium qu'une fois. Les résultats ne sont pas là mais tout va bien, tout est extraordinaire. Alors que nous, on a monté une équipe.

- Pour vous, votre passage à Lyon n'est donc pas un échec.

On dit que c'est un échec, je ne suis pas d'accord. On a renouvelé tout l'effectif petit à petit. Il était jeune, de qualité. Il fallait continuer à bâtir avec eux alors qu'on a tout fait exploser. Malgré la pression des résultats, on a formé des jeunes : Gonalons, Lacazette, Grenier, Kolodziejczak, Pied et Gassama. On leur a donné du temps de jeu alors qu'il y avait l'exigence de terminer sur le podium. Donc il n'y a pas qu'à Lille ou Nice que j'ai bâti.

- Malgré tout, vous conservez cette étiquette forcément réductrice de coach bâtisseur. Ça vous agace ?

Encore une fois, je ne fais pas attention aux étiquettes. Je ne suis pas constamment dans le paraître. Je marche aux coups de cœur quand il y a des challenges intéressants à relever. Ça peut être jouer la C1 ou aider à bâtir un club à Lille ou à Nice. Je me sens bien partout.

« A Nice, on doit encore développer l'aspect financier »

- Est-ce que, comme à Lille, vous estimez que votre aventure niçoise peut se poursuivre en Ligue des champions ?

L'intérêt de poser des fondations, c'est de développer le club pour l'amener en Coupe d'Europe. Aujourd'hui, l'OGC Nice s'est structuré et a bien avancé techniquement. Mais on doit encore développer l'aspect financier. Voilà trois ans qu'un centre d'entraînement doit être livré, on l'attend toujours. Quand on a des bons joueurs, il faut avoir la capacité de les garder pour progresser chaque année et viser de plus en plus haut. Et ce sont des perspectives qu'on a du mal à avoir avec Nice à cause des aspects financiers.

- C'est pour cela qu'il a fallu vendre Jordan Amavi cet été ?

Amavi, c'est un cas particulier parce que c'est une grosse somme et c'est la plus grosse plus-value de l'histoire de l'OGC Nice. Ça montre que notre projet est cohérent et qu'il ne repose pas que sur les résultats. Une partie de cette vente doit servir à bâtir le centre d'entraînement et j'espère que ce sera le cas. Sinon, je ne comprendrais pas qu'on puisse vendre Amavi sans que le centre d'entraînement sorte de terre.

- Est-ce que ce début de saison vous pousse à revoir à la hausse vos objectifs de fin de saison ?

Je ne raisonne qu'en termes de jeu. Les équipes contre nous ne jouent pas. Elles nous opposent un bloc défensif et essaient de prendre les espaces. Notre jeu implique beaucoup de prises de risques, on doit le faire perdurer dans ce championnat avec des équipes qui vont essayer de contrecarrer ce qu'on met en place. C'est un gros défi.

- Un défi qui peut être parfois suicidaire...

Oui, si on ne respecte pas le collectif. On n'a pas la qualité individuelle de joueurs qu'a Paris. Le PSG peut se permettre de jouer ce genre de jeu avec des individualités exceptionnelles tout en faisant tourner. Hatem a ces qualités, mais c'est le seul. Nice ne peut s'exprimer qu'à travers son collectif. Pour moi, c'est le jeu avant les résultats.

« Il ne faut pas avoir peur de se faire insulter »

- Mais c'est une idée directrice qui a failli vous coûter cher. A Nice, vous êtes passés par des moments très difficiles l'an passé.

Si je reste à Nice pendant 7 ou 8 ans, ça ne m'intéresse pas de jouer le maintien. Il n'y a pas de possibilité de s'élever en recrutant des joueurs parce qu'on n'a pas de moyen. On essaie d'avoir des profils de formation, qu'on va révéler, qu'on va faire progresser. A Lille, on a fait ça. Pareil pour le type de jeu, la majorité dirait : on fait un gros bloc défensif et on contre. Mais pour moi, il faut jouer.

- Tous les entraîneurs n'ont pas le luxe d'avoir des présidents qui leur font confiance sur un projet à moyen terme.

Mais rien n'a jamais été facile et ça s'accompagne d'incompréhension. 'Tu nous énerves avec ton projet', j'ai entendu ça toute l'année dernière. Aujourd'hui, on tresse des lauriers aux jeunes, on leur fait des chansons mais, l'an dernier, il fallait les mettre dehors. Ce sont des projets difficiles parce qu'on prend des coups. Il faut garder le cap, avoir la foi. La pression extérieure met de la pression sur les dirigeants, le staff et les joueurs. Malgré tout, il faut tenir bon.

- Vous avez le cuir épais. Vous êtes même un entraîneur sacrément têtu.

Il y a une cohérence au départ. On l'explique à l'intérieur du club. Mais rien n'a été facile à Lille aussi. Il faut garder le cap. Parfois au forceps. Il faut imposer des choses et ne pas changer d'un iota alors que tout le monde vous conseille ou vous impose des changements ou des remises en question. Il ne faut pas avoir peur de se faire insulter par moment. On dit que je suis quelqu'un de rigide et de têtu.

- C'est l'impression que vous donnez en tout cas.

J'ai beaucoup de convictions. Même si je suis le seul à le penser, et ça m'arrive souvent, si je pense être dans le vrai, je ne vais pas dévier. Ça m'est arrivé à Nice et à Lille. Bien sûr, ça peut être interprété comme de la suffisance. Je pense beaucoup me remettre en question. Je suis en perpétuelle réflexion sur le jeu, mon équipe, sa composition, sur ma carrière, mon management.

- Même les "Puel démission" ne vous ont pas touché ?

C'est la première chose à ne pas me dire si on veut que j'arrête. C'est évident. Personne ne m'a jamais rien dicté et ça sera toujours le cas. J'ai beaucoup de respect pour les supporters, pour les dirigeants, les joueurs mais je ne varierai jamais avec la pression. C'est impossible.

Martin Mosnier
Eurosport







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8e journee de Ligue 1
dim. 25/10/2020 à 17h


Nice - Lille : 1-1

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  Ligue Europa
jeudi. 29/10/2020 à 21h



Pts J V N D Diff
 3.    Rennes 15 8 4 3 1 +6
 4.    Marseille 15 8 4 3 1 +3
 5.    Nice 14 8 4 2 2 +1
 6.    Lyon 13 8 3 4 1 +6
 7.    Lens 13 7 4 1 2 0



   6e  sam. 03/10 (21h) Nice - Nantes : 2 - 1
   7e  dim. 18/10 (17h) St-Etienne - Nice : 1 - 3
  jeu. 22/10 (18h55) Leverkusen - Nice : 6 - 2
   8e  dim. 25/10 (17h) Nice - Lille : 1 - 1
  jeudi. 29/10 (21h) Nice - Beer-Sheva
   9e  dim. 01/11 (15h) Angers - Nice
  jeudi. 05/11 (18h55) Slavia Prague - Nice



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