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L'insaisissable M. Antonetti
L'Equipe, le 15/04/2007 à 14h30

Malgré une image troublée par ses différents coups de sang, l’entraîneur niçois fait l’unanimité par son travail et son perfectionnisme.

« J’AIME LES CLUBS à forte identité. Ceux qui ont une histoire et qui sont enracinés dans le paysage local. » Ce furent les premiers mots de Frédéric Antonetti en arrivant à Nice en juin 2005. Et l’essentiel de son parcours va dans le sens de ses paroles. Il y a bien l’escapade à Osaka entre juillet 1998 et juin 1999. « Une belle expérience », dit-il. Mais tout le reste est marqué du sceau de la tradition. Bastia entre 1994 et 1998 puis entre 1999 et 2001, Saint-Étienne entre 2001 et 2004 et Nice depuis 2005 après une année sabbatique. Des clubs qui l’ont marqué. Des clubs qu’il a marqués. Ainsi le témoignage de « Bafé » Gomis, vingt et un ans, et celui de Ederson, vingt et un ans aussi, sont édifiants. « Il m’a fait beaucoup progresser. Il peut être caractériel et péter un plomb. Il a été dur avec moi. À l’époque, je grinçais des dents. Mais on peut compter sur lui. Je ne le remercierai jamais assez de m’avoir mis le pied à l’étrier », dit le Stéphanois. « C’est l’entraîneur qui m’a donné ma chance en L 1 et qui m’a le plus apporté. Ça ne s’oublie pas. C’est vrai qu’il crie, qu’il gesticule et qu’il peut être dur. J’ai parfois souffert, mais il le fait pour aider le joueur à aller plus haut », répond le Niçois dans un étonnant copier-coller.

En quelques lignes sont résumés deux des traits de caractère du technicien corse de quarante-cinq ans. D’une part, le travail de formation. Dans le groupe vert qui débarque aujourd’hui au Ray, il y a plusieurs joueurs qu’il a lancés ou relancés (Janot, Camara, Hognon, Ilunga, Perrin, Sablé, Gomis). D’autre part, son côté sanguin qui lui fait parfois dépasser les bornes.

Les images de ses coups de sang ont été montrées en boucle : altercation avec Correa l’an passé, explosion contre Vahirua traité de différents noms d’oiseaux l’autre jour à Lorient. « Ça, c’est Fred », sourit Jean-Marie De Zerbi, son adjoint. Débauché par Antonetti de l’entreprise familiale en 1992, le petit prodige du Bastia européen de 1978, quarante-sept ans aujourd’hui, est celui qui connaît le mieux le coach niçois. « On était au lycée ensemble, lâche-t-il, et il a toujours été comme ça. Quelqu’un d’honnête et de direct. Il ne peut pas penser quelque chose sans le dire. Et parfois ça pète. J’essaie de le calmer mais c’est compliqué. Il m’arrive même d’être rabroué quand je tente d’arrondir les angles. »

Janot : « S’il a besoin de moi, il a juste à m’appeler »

Pour autant, De Zerbi ne renoncerait pour rien au monde à l’attelage qu’il constitue avec son ami, pas plus que Nicolas Dyon, le préparateur physique, trente et un ans. Celui-ci l’a déjà prouvé. Quand Antonetti, poussé vers la sortie par Bernard Caiazzo, a quitté Saint-Étienne sur un titre de champion de L 2 et malgré la fronde des supporters qui exigeaient qu’il reste, Dyon a été sollicité par Élie Baup. L’ASSE lui proposait cinq ans de contrat mais il a préféré pointer au chômage par fidélité. Jérémie Janot, le gardien stéphanois, est dans le même registre. « Antonetti est très exigeant, il monte vite en régime et il lui est arrivé de me rentrer dedans. Mais c’est quelqu’un de loyal qui dit les choses en face. Avec lui, on sait où on va et je lui serai toujours reconnaissant de m’avoir sorti du placard. Il a été le seul à croire en moi et je lui dois d’être en L 1. S’il a besoin de moi, il a juste à m’appeler et je serai là. »

Ce sont ces caractéristiques-là qui ont convaincu les dirigeants niçois de l’embaucher il y a deux ans. Des trois ou quatre techniciens rencontrés, il était celui qui correspondait le mieux à ce que le Gym voulait, quelqu’un capable de s’engager sur le long terme et de les aider à construire. « Une rencontre nous a suffi, dit Roger Ricort. C’est un bosseur et un perfectionniste, un des cinq meilleurs entraîneurs de L 1. » « En le prenant, on ne s’est pas trompés, estime le président Maurice Cohen. Ses débordements ne me gênent pas. C’est un passionné et je préfère ça à des gens plus calmes mais moins sincères. Pour nous, c’est l’homme de la situation. » Et qui devrait le rester un moment. S’il laisse parfois affleurer son agacement de « ne pas voir tout le monde tirer dans le même sens », s’il se souvient « avoir été un entraîneur viré pendant deux jours en janvier », et si le club s’engage dans la direction qu’il souhaite (changement au niveau du CFA, du médical, structuration de la cellule recrutement entre autres), il poursuivra sa mission. Convaincu qu’il cueillera les fruits de son travail.

Jean-Pierre RIVAIS
L'Equipe







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